Environ une femme enceinte sur quatre souffre de douleurs intenses au niveau du pubis au cours de sa grossesse — et près de 45 % des femmes enceintes présentent des douleurs lombo-pelviennes au sens large, incluant toutes les douleurs de la ceinture pelvienne. Pourtant, cette souffrance — souvent rangée dans les « inconforts normaux de la grossesse » — reste largement banalisée, laissant de nombreuses futures mamans sans solution concrète face à une invalidité bien réelle. Cette distinction entre douleurs lombo-pelviennes générales et pubalgie strictement pubienne (20 à 25 % des cas) explique d'ailleurs pourquoi la pathologie est souvent sous-diagnostiquée : des douleurs réelles sont catégorisées comme de simples « douleurs lombaires de grossesse » sans que la symphyse pubienne ne soit identifiée comme structure cible. La pubalgie gestationnelle peut pourtant imposer un arrêt complet d'activité et transformer les gestes les plus simples du quotidien en épreuve. Qu'est-ce qui provoque exactement cette douleur, comment la reconnaître, et quel traitement un ostéopathe peut-il proposer pendant la grossesse ? Clément Caillibotte, ostéopathe au Lavandou, accompagne régulièrement des femmes enceintes confrontées à ces douleurs pelviennes et vous aide ici à mieux comprendre cette pathologie et les solutions qui existent.
Si vous ressentez une douleur vive au niveau du pubis depuis le début ou le milieu de votre grossesse, vous avez peut-être entendu parler de « pubalgie », de « dysfonction de la symphyse pubienne » (SPD), de « syndrome de Lacomme » ou encore d'« arthropathie pubienne ». Toutes ces appellations désignent en réalité le même phénomène. Le syndrome de Lacomme, décrit en 1962 par le gynécologue obstétricien Maurice Lacomme, est la référence historique française de cette pathologie. Ces multiples dénominations expliquent en grande partie la confusion diagnostique que rencontrent les patientes.
Pour bien comprendre ce qui se passe, un bref rappel anatomique s'impose. Votre bassin est constitué de trois os : deux os iliaques et un sacrum. À l'avant, la symphyse pubienne — une articulation fibrocartilagineuse — réunit les deux os iliaques, comme un joint de dilatation. À l'arrière, les articulations sacro-iliaques complètent la ceinture pelvienne. Chez la femme enceinte, trois formes cliniques de pubalgie peuvent coexister : la forme tendineuse (inflammation des tendons des adducteurs), la forme musculo-tendineuse (atteinte des abdominaux bas) et la forme articulaire (inflammation de l'articulation elle-même). Cette coexistence explique la variabilité des symptômes d'une femme à l'autre.
La pubalgie gestationnelle résulte de la combinaison de deux mécanismes, l'un hormonal, l'autre mécanique. Côté hormonal, votre corps produit deux hormones clés : la relaxine (sécrétée d'abord par le corps jaune, puis par le placenta) et la progestérone. Leur rôle est d'assouplir les ligaments pelviens pour préparer le passage du bébé lors de l'accouchement. Sous leur effet, la symphyse pubienne s'écarte progressivement. Un écartement allant jusqu'à 9 mm est considéré comme physiologique, mais au-delà de 10 mm, il devient pathologique.
En parallèle, la croissance du ventre déplace votre centre de gravité vers l'avant. Le poids du bébé exerce une pression croissante sur le bassin — et la position du bébé in utero peut créer une asymétrie directe de contraintes sur la symphyse, aggravant les douleurs d'un côté plus que de l'autre —, et la grossesse entraîne mécaniquement une rotation externe des membres inférieurs, ce qui surtaxe les muscles adducteurs s'insérant sur le pubis. Ces deux mécanismes s'accumulent au fil des trimestres : les douleurs apparaissent généralement entre la 24e et la 36e semaine d'aménorrhée, parfois dès le 2e trimestre, et s'intensifient à mesure que le bébé amorce sa descente dans le bassin.
Un point essentiel mérite d'être souligné : une femme peut présenter tous les symptômes invalidants avec un bilan radiologique parfaitement normal. L'absence d'anomalie visible à l'imagerie ne signifie pas que la douleur n'existe pas, et c'est précisément un argument fort en faveur d'une prise en charge clinique ostéopathique.
Certains facteurs de risque spécifiques méritent d'être connus avant la grossesse ou dès son début : des antécédents de pubalgie lors d'une grossesse précédente (risque de récidive élevé, avec apparition possible dès le 1er trimestre), la multiparité (les structures ligamentaires étant déjà étirées par des grossesses antérieures), une sédentarité pré-gestationnelle (entraînant un manque de tonicité du plancher pelvien et du transverse), un travail impliquant des stations debout prolongées ou des ports de charges répétés. Ces facteurs justifient une consultation ostéopathique pour femme enceinte à titre préventif dès le 1er trimestre.
Exemple concret : Aurélie Monteil, 34 ans, a consulté Clément Caillibotte au Lavandou lors de sa deuxième grossesse. Lors de sa première grossesse, elle avait souffert d'une pubalgie intense à partir de la 28e semaine, sans avoir bénéficié d'un suivi ostéopathique. La douleur l'avait obligée à interrompre son activité professionnelle — elle travaillait en restauration et restait debout plusieurs heures par jour. Pour sa deuxième grossesse, elle a consulté dès la 10e semaine de manière préventive. En deux séances espacées de trois semaines, l'ostéopathe a pu rééquilibrer les tensions de son bassin, vérifier la mobilité de ses articulations sacro-iliaques et lui transmettre des exercices de renforcement adaptés. Résultat : les douleurs pubienne ne sont réapparues que de façon modérée, en toute fin de grossesse, et sont restées gérables au quotidien.
La douleur se concentre au niveau du pubis, mais elle peut irradier vers l'aine, les hanches, les cuisses, le bas du dos, voire les fesses. Certains gestes deviennent caractéristiques : enjamber un obstacle, monter les escaliers, se retourner dans le lit, passer de la position assise à debout, ou simplement marcher sur une longue distance. Chacun de ces mouvements provoque un cisaillement de la symphyse pubienne et peut déclencher une douleur aiguë.
Dans les formes plus avancées, certaines femmes perçoivent un craquement ou une sensation de frottement dans le bassin. Une démarche « en canard » peut s'installer, avec douleur à chaque impact du pied au sol. Il est fondamental de ne pas minimiser cet impact fonctionnel : quand s'habiller, entrer dans une voiture ou se lever d'une chaise devient un défi, il ne s'agit plus d'un simple « inconfort ».
À noter : La pubalgie gestationnelle ne contre-indique pas l'accouchement par voie basse. En revanche, il est impératif d'en informer votre équipe médicale en amont afin qu'elle adapte les positions d'accouchement. Un écartement forcé des membres inférieurs lors de la poussée peut aggraver considérablement les douleurs et la lésion de la symphyse. Prévoyez d'en discuter avec votre sage-femme ou votre obstétricien dès que le diagnostic est posé.
À ce jour, aucun traitement médical ne permet de soigner la pubalgie pendant la grossesse. Les anti-inflammatoires (AINS) sont formellement contre-indiqués chez la femme enceinte. Seul le paracétamol peut être prescrit, en dernier recours, mais il ne traite que la douleur sans agir sur la cause. L'ostéopathie, en revanche, propose une approche globale, douce et non invasive qui cible directement les mécanismes à l'origine de la douleur.
L'ostéopathe est également capable de détecter des tensions préexistantes à la grossesse — un déséquilibre du bassin, une jambe légèrement plus courte, une cambrure lombaire excessive — qui étaient compensées par le corps mais que les modifications gestationnelles rendent symptomatiques. Un suivi ostéopathique dès le premier trimestre, à titre préventif, permet de vérifier l'ouverture progressive et homogène du bassin. Si la pubalgie est déjà installée, il est conseillé de consulter sans attendre, car 15 % des cas évoluent vers une forme chronique en l'absence de prise en charge. Le risque de récidive atteint par ailleurs 30 % lors d'une grossesse ultérieure. Dans la grande majorité des cas, la pubalgie gestationnelle disparaît spontanément après l'accouchement, une fois que les taux de relaxine et de progestérone reviennent à la normale — mais compter uniquement sur cette résolution spontanée revient à prendre le risque d'une chronicisation évitable.
En cas de pubalgie installée, 2 à 4 séances d'ostéopathie sont généralement nécessaires selon l'intensité des symptômes et le stade de la grossesse. De nombreuses mutuelles complémentaires prennent partiellement en charge les séances d'ostéopathie, à hauteur de 1 à 5 séances par an selon les contrats. Avant votre première consultation, pensez à vérifier votre tableau de remboursement ou à demander un devis à votre mutuelle pour connaître précisément le montant couvert. De même, la ceinture pelvienne de grossesse (par exemple le modèle Physiomat) est partiellement remboursée par certaines complémentaires : renseignez-vous auprès de votre mutuelle avant l'achat pour connaître le prix restant à votre charge.
La consultation commence par un interrogatoire approfondi : antécédents de traumatismes du bassin, grossesses précédentes, éventuelles cicatrices de césarienne ou d'épisiotomie, facteurs de risque identifiés comme la sédentarité, un travail physiquement exigeant ou des grossesses rapprochées. Il est important de préciser que le diagnostic de pubalgie gestationnelle est un diagnostic d'élimination : l'ostéopathe doit s'assurer, lors de son interrogatoire et de son bilan, qu'il ne s'agit pas d'une autre pathologie pouvant produire des douleurs similaires — sciatalgie, hernie discale, pathologie rénale ou pathologie gynécologique — avant de conclure à une dysfonction de la symphyse pubienne. L'ostéopathe réalise ensuite une palpation de la symphyse pubienne et des articulations sacro-iliaques pour localiser précisément l'inflammation et évaluer le degré d'instabilité.
L'évaluation porte aussi sur les déséquilibres musculaires : adducteurs en hypertonie, psoas contracté, abdominaux affaiblis, tensions du plancher pelvien. Des tests cliniques validés, comme le test de Patrick (ou FABER test), permettent d'objectiver les dysfonctions sacro-iliaques et coxo-fémorales. La position de soin est adaptée au stade de grossesse — en fin de terme, le décubitus latéral gauche est privilégié pour éviter toute compression de la veine cave inférieure. Les techniques de thrust (haute vélocité) sont formellement exclues.
Le traitement repose sur plusieurs axes complémentaires. L'ostéopathe travaille d'abord à redonner une mobilité optimale aux articulations sacro-iliaques et coxo-fémorales, réduisant ainsi les cisaillements qui s'exercent sur la symphyse pubienne. Le relâchement des adducteurs et du psoas, combiné à une harmonisation des tensions du plancher pelvien et des abdominaux, contribue à rééquilibrer les forces qui s'exercent sur le bassin.
L'un des premiers objectifs de l'ostéopathe est également de désenclaver les organes du petit bassin, les ligaments et les tissus mous, en agissant directement sur les pressions exercées par le bébé sur la symphyse pubienne. Cette action spécifique à la grossesse ne relève pas uniquement d'un équilibrage musculo-squelettique classique : elle fait appel à une approche viscérale complémentaire, indispensable pour traiter le mécanisme complet de la pubalgie gestationnelle. Un travail ligamentaire est effectué sur les structures reliant l'utérus au bassin osseux — les lames sacro-recto-génito-vésico-pubiennes — afin d'équilibrer les lignes de force pelviennes. Des techniques cranio-sacrées, particulièrement douces, visent à rétablir l'équilibre entre la partie antérieure du corps (utérus et bébé) et la partie postérieure (rachis et bassin). L'ostéopathe peut également travailler sur la vascularisation pelvienne pour favoriser la décongestion et réduire l'inflammation locale. Chaque séance se termine par des conseils posturaux personnalisés, adaptés au stade de votre grossesse.
En attendant votre séance — ou entre deux consultations — plusieurs gestes simples peuvent réduire significativement la douleur au quotidien :
En cas de douleur aiguë, l'exercice du « papillon » peut constituer un geste de secours efficace et réalisable sans aucun matériel : asseyez-vous au sol, dos droit, plantes des pieds jointives et talons rapprochés du périnée, puis laissez les genoux se relâcher doucement vers le sol. Cette posture ouvre le bassin, réduit les contraintes sur la symphyse pubienne et apporte un soulagement rapide. À pratiquer dès l'apparition d'une douleur intense, en respirant calmement.
Le port d'une ceinture pelvienne peut être utile quelques heures par jour, notamment en position debout statique, mais uniquement sur avis ostéopathique ou médical. Un port continu est déconseillé car il risque d'entraîner une perte de tonicité abdominale. Côté exercice, privilégiez le renforcement doux du plancher pelvien et du muscle transverse en coordination avec la respiration, et évitez absolument les crunchs qui augmentent les forces de cisaillement sur le pubis.
Conseil : Avant d'investir dans une ceinture pelvienne de grossesse, renseignez-vous sur le prix et les conditions de prise en charge auprès de votre complémentaire santé. Certaines mutuelles remboursent partiellement l'achat (notamment les modèles sur prescription), ce qui peut représenter une économie non négligeable. De même, n'hésitez pas à demander un devis de remboursement pour vos séances d'ostéopathie avant de débuter votre suivi : de nombreux contrats prévoient la prise en charge de 1 à 5 séances par an, ce qui couvre tout ou partie du coût d'un accompagnement complet pour une pubalgie gestationnelle.
Si vos douleurs persistent après l'accouchement — au-delà de quelques semaines —, cela peut signifier que votre bassin ne s'est pas correctement repositionné. Il faut également savoir que les douleurs de la ceinture pelvienne peuvent parfois n'apparaître qu'après l'accouchement, les structures ligamentaires et musculaires ayant été étirées de façon importante lors de la naissance. Une femme qui ne souffrait pas pendant la grossesse peut donc développer une instabilité pelvienne en post-partum. Dans les deux cas, une séance ostéopathique en post-partum est particulièrement recommandée pour vérifier et rétablir l'équilibre de votre ceinture pelvienne.
La pubalgie gestationnelle n'est pas une fatalité qu'il faut subir en silence. Clément Caillibotte, ostéopathe au Lavandou, propose un accompagnement personnalisé des femmes enceintes, du premier trimestre jusqu'au post-partum, grâce à une approche manuelle douce visant à soulager les douleurs, restaurer la mobilité du bassin et prévenir les troubles fonctionnels. Si vous êtes dans la région du Lavandou et que vous souffrez de douleurs pelviennes pendant votre grossesse, n'hésitez pas à prendre rendez-vous pour bénéficier d'un bilan adapté à votre situation et de conseils personnalisés.